La Libye continue, logiquement, à faire parler d’elle. Outre ses divisions politico-militaires, ce pays riche en pétrole cumule des enjeux cruciaux, caractérisés notamment par les questions d’immigration, le rôle des milices armées, les trafics et opérations de contrebande en tous genres, ou encore l’extension de l’instabilité libyenne vers la bande sahélo-saharienne. Sept ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye donne ainsi l’impression de tanguer entre deux modèles : l’un irakien, l’autre somalien. La question de la consolidation d’un nouveau modèle libyen méritait pourtant meilleur aboutissement.
La Libye paraît ne pas pouvoir non plus compter sur elle seule pour sortir de son marasme. S’il demeure souhaitable de voir les Libyens régler leurs problèmes par eux-mêmes, le fait pour eux de devoir compter sur des forces étrangères pour tenter de rapprocher leurs points de vue respectifs est difficilement évitable. Le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohammed Taher Sayala, faisait remarquer à ce titre, lors d’une intervention récente dans les locaux de la Casa Árabe à Madrid, que les ingérences étrangères, notamment de la part de pays arabes (Qatar, Égypte, Émirats arabes unis…) en ajoutaient considérablement aux problèmes de la Libye. On comprend là que le développement par ces mêmes États de politiques plus responsables abonderait plutôt dans le sens d’une amélioration de la situation générale.
On remarquera à ce titre combien on a pu entendre, récemment, des appels à ce que l’Algérie mette plus du sien dans les évolutions libyennes. L’islamiste Ali Sallabi a exprimé ce souhait ; les Émirats arabes unis poussent aussi dans ce sens ; mais à y regarder de plus près, l’Algérie voit, elle, les choses d’un tout autre œil. Et pour cause.
On se doute de ce qu’Alger a une connaissance poussée du terrain libyen. Des considérations de type essentiellement sécuritaire expliquent cette donne ; pour les Algériens, le chaos régnant à leurs frontières se doit d’être étroitement surveillé et correctement anticipé, sous peine de pouvoir le céder à un débordement sur son propre territoire. La situation d’incertitude régnant dans le Mali, le Niger ou la Tunisie voisins, qui est liée au moins en partie au vide politique et au chaos sécuritaire sévissant en Libye, fait que l’Algérie ne veut pas hériter d’un scénario identique sur son propre territoire. Mais on peut aussi ajouter à cela un attachement de la part de l’Algérie à ne pas promouvoir de politiques pouvant polariser plus avant les perspectives libyennes.
Il y a deux ans, lorsque le ministre actuel des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, officiait encore en tant que ministre des Affaires maghrébines, il avait engagé une diplomatie tous azimuts, destinée, en premier lieu, à identifier les attentes des principaux acteurs libyens. Cela voulait-il dire que l’Algérie aurait souhaité, dans un second temps, tenter une approche diplomatique aux fins de rapprocher les points de vue des différents acteurs libyens ? On ne saurait l’exclure. Mais on ne saurait non plus l’affirmer.
La prudence diplomatique habituelle de l’Algérie pouvait difficilement le céder à d’autres réflexes, cependant que les acteurs libyens faisaient de leurs désaccords une marque de fabrique de plus en plus profonde. L’Algérie continue à avoir cette image d’acteur équidistant vis-à-vis des principaux acteurs de la scène politique libyenne ; le fait pour un islamiste (Ali Sallabi) et pour un pays anti-Frères musulmans (les Émirats arabes unis) de s’accorder sur ce qu’ils perçoivent comme une valeur ajoutée de la part de l’Algérie est une indication forte en ce sens. On en revient cependant toujours à ce sempiternel point de départ, où transparaît le fait que sept années de guerre auront plutôt fini par annihiler les espoirs sincères de paix et de réconciliation pour la Libye, sur le court terme à tout le moins.
Un fait dont même l’ONU est maintenant extrêmement consciente.
Que reste-t-il dès lors pour permettre à la Libye de se ressaisir ? Le choix n’est pas si ample : soit les acteurs politico-militaires libyens acceptent de mettre de côté leur quête du pouvoir ; soit chaos et instabilité perdureront. Ce dernier calcul est perdant, mais malheureusement il dominera pendant quelque temps encore.

Par : Barah MIKAÏL
Enseignant-chercheur à Madrid et directeur de Stracteg

 

 

 

 

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